Revues des presse et autres dossiers intéressants

Article du Canard Folk d'octobre 2015

Présentation du groupe Wall Street

 Poqwè Wall Street ? Pasqui no’ èstans fîr d’iesse Wallons!

 Q : La première réflexion qui me vient à l’esprit, c’est pourquoi avoir choisi le nom Wall Street alors que vous prétendez être un groupe folk wallon ?

 R : Oui, ça peut en effet surprendre. Mais rassurons le lecteur, nous n’avons rien à voir avec la haute finance et le Dow Jones. Il se fait que Wall Street, sur l’île de Manhattan, ferait référence aux Wallons plutôt qu’à un mur. Les Wallons avaient investi le site et aidèrent, plus tard, les nouveaux arrivants hollandais et anglais à s’y installer. Pierre Minuit, originaire du Brabant wallon, acheta aux indiens manhattes leur île pour 60 florins ou 25 $. C’était en 1626. En fait, il leur offrit, en échange, des perles et des babioles estimées à cette somme, l’argent n’ayant aucune signification à leurs yeux. Donc Wall Street signifierait rue des Wallons ! Cette histoire nous a séduit et c’est ainsi que lorsque nous nous faisions des propositions de nom, c’est cette idée que nous avons finalement retenue.

 Q : Alors, quelle est l’accroche musicale wallonne de Wall Street ?

 R : Pendant des années, nous avons joué des bals folks traditionnels en Wallonie et c’est ce que font aujourd’hui la plupart des groupes. Nous avons tout de suite eu comme volonté de revoir le genre et ceci, en toute modestie. Jean-Pierre avait pas mal de compositions et c’est ce répertoire que nous travaillons aujourd’hui. Ce sont des compositions d’airs à danser : danses de couples, danses à figures (cercles, jigs …), des bourrées, andros, gavottes, hornpipes. Mais nous ne dédaignons pas y ajouter un répertoire de danses wallonnes ou autres. Certaines danses ont toujours leur petit succès comme la maclote de Steinbach, li tchèron, ou l’arèdje de Malempré.

 Q : Comment vous êtes-vous rencontrés ?

 R : Nous nous étions déjà croisés par le passé, mais sans jamais jouer ensemble. Il y a quelques années, lors d’une des mensuelles de Folknam Musique Trad à Bomel, nous avons trouvé que ça serait une bonne idée de mettre nos compétences musicales en commun. La sauce a pris directement et nous étions partis pour nos premières répétitions. C’était en 2013. Nous continuons par ailleurs à participer aux mensuelles de Folknam Musique Trad en tant que membres actifs. Nous avons déjà eu l’occasion de nous y produire à deux occasions. Signalons que ces mensuelles ont lieu le premier vendredi du mois au cinéma CINEX et c’est toujours l’occasion de faire la fête dans la convivialité (www.folknammuisquetrad.be).

 Q : Qualifieriez-vous votre musique de Folk contemporain ?

 R : Oui, certainement dans la mesure où les mélodies que nous jouons sont des compositions récentes et que la guitare de Luc propose une harmonisation et une rythmique plus actuelles ou empruntées au jazz. Mais nous avons voulu éviter l’écueil dans lequel certains groupes modernes sont tombés, vous voyez, ces groupes qui jouent une musique où le danseur ne s’y retrouve plus car il n’a plus aucun point de repère ; parfois, il ne sait même plus s’il est dans la première ou seconde partie d’un cercle ! Nos musiques restent traditionnelles dans leur conception en intégrant des éléments plus actuels.

 Q : Et qu’est-ce que vous proposez aux organisateurs ?

 R : Tout d’abord la formule « bal folk » avec ou sans animateur. Le Duo dispose d’une sono pouvant convenir  aux salles moyennes. Nous sommes tout aussi disposés à animer des fêtes locales, de quartier, d’association, fêtes de famille privées ou manifestations publiques. Nous voudrions aussi proposer un tarif spécial aux organisateurs privés qui auraient envie de nous engager en semaine, du lundi au jeudi, et ce dans le local de cet organisateur. Nous pouvons aussi assurer des ateliers de danses ou musicaux (guitare, cornemuse, accordéon). Et comme nous sommes tous les deux retraités, nous sommes disponibles en journée !

Un CD démo vient de sortir (huit titres). Il peut être envoyé gratuitement à tout organisateur potentiel. Les autres personnes intéressées sont invitées à prendre contact avec nous par email pour une commande éventuelle.

Contacts via le présent site.

 

Manhattan au 16ème siècle

Pierre Minuit, le Wallon qui a acheté Manhattan aux Indiens

Olivier Rogeau, Journaliste au Vif/L'Express

06 octobre 2013

Source : Le Vif

En 1626, Pierre Minuit, un calviniste d'origine tournaisienne, a acheté l'île de Manhattan aux Amérindiens. Voici la véritable histoire du fondateur méconnu de New York.

Rendons à Minuit ce qui appartient à Minuit. Victime des légendes non fondées qui entourent la naissance de New York, Pierre Minuit a longtemps été absent des livres d'histoire et reste méconnu en Belgique. Pourtant, ce calviniste d'origine hennuyère, gouverneur de la colonie du Nouveau Monde baptisée "Nova Belgica" ou "Nieuw Neederland" selon les cartes, est considéré aujourd'hui comme l'une des grandes figures de l'histoire de l'Amérique avant les Etats-Unis. Et pour cause : c'est lui qui a acheté l'île de Manhattan aux Amérindiens. Lui aussi qui a développé la bourgade de Nieuw Amsterdam, rebaptisée New York une quarantaine d'années plus tard.

Fils d'un Wallon émigré en Allemagne, Minuit est né à Wesel, dans le duché de Clèves, vers 1585. Ses ancêtres paternels, tournaisiens, ont fui les Pays-Bas espagnols au temps des persécutions religieuses. Etabli à Utrecht, en contact avec les églises réformées wallonnes de Leyde et d'Amsterdam, il s'intéresse aux témoignages des pionniers wallons implantés, depuis 1624, sur un vaste territoire situé entre les Etats actuels du New Jersey et du Connecticut. La Compagnie néerlandaise des Indes occidentales charge alors Minuit de rédiger un rapport sur l'état de la colonie, sur son organisation et ses potentialités commerciales. Le maître-mot est la rentabilité : la Compagnie espère davantage que les quelques fourrures troquées avec les Indiens.

Minuit fait donc un aller-retour outre-Atlantique. Il visite les différents fortins et se rend compte que la dispersion des implantations est un sérieux handicap. Il écoute les plaintes des premiers colons, converse dans leur langue avec les francophones. Il découvre que le gouverneur en place, Willem Verhulst, est détesté : il impose des punitions incessantes et aurait détourné des fonds et volé les Indiens. La faute de trop. Car, en bons calvinistes, les responsables de la Compagnie exigent des colons qu'ils n'abusent pas les indigènes. Impressionnés par le rapport de Minuit et par son plan d'action, ils rapatrient Verhulst et renvoient le Wallon à Nieuw Amsterdam avec le titre de gouverneur et la mission d'y établir une infrastructure qui favorise le commerce.

Le 4 mai 1626, Minuit débarque sur l'île des Manhattes, où la colonie ne compte encore qu'une trentaine de maisons, alignées le long de rues bien tracées. Un fortin protège la grange où sont stockées les vivres. Le village est entouré de champs et vergers entretenus par des Wallons. Habitué à diriger des groupes, le nouveau gouverneur compose son conseil. C'est à ces huit compagnons qu'il fait part de sa première ambition : acheter l'île aux autochtones. La cérémonie d'achat se serait déroulée le 26 mai, trois semaines après l'arrivée de Minuit en Amérique.

Pour acquérir l'île, il aurait offert aux Indiens des tissus, des haches, des ustensiles de cuisine. Valeur estimée : 60 florins, l'équivalent d'une semaine de salaire du gouverneur ! Homme entreprenant, Minuit fait croître Nieuw Amsterdam. Le fortin est remplacé par un édifice en dur, protégé par des bastions et des fossés. Les fermes alentour, appelées "bouveries", rappellent les exploitations de Wallonie. Pour faciliter l'acheminement du blé vers le bourg, une route est tracée, Breedweg, futur Broadway. Soucieux de pacifier la région et de nouer de nouveaux contacts commerciaux, Minuit veille à rester en bons termes avec les tribus indiennes voisines de l'île.

Mais après cinq ans d'efforts, il est suspendu de ses fonctions, victime de l'hostilité du nouveau pasteur de la communauté et des intrigues d'un directeur de la Compagnie, qui cherchait à imposer son neveu au poste de gouverneur. Rappelé dans les Provinces-Unies, il est licencié en 1632.

Entré au service du roi de Suède, qui a lui aussi accueilli dans son pays de nombreux protestants originaires des Pays-Bas espagnols, Minuit repart outre-Atlantique en 1638. Il y crée Fort Christina, un avant-poste à l'embouchure du Delaware. Fier de son travail, il tient à faire le récit de l'établissement de la Nouvelle-Suède à ses commanditaires. Mais il ne reverra jamais l'Europe : il disparaît le 5 août 1638 dans un ouragan au large de l'île de St-Christophe, aux Antilles.

Néerlandais, Allemands, Suédois... s'approprient Minuit

Les origines de Minuit et son sinueux parcours ont brouillé les pistes et favorisé des tentatives de "récupération". Les Hollandais revendiquent la nationalité batave de "Pieter Minnewit". Les Suédois, son appartenance à l'histoire scandinave. Les Allemands lui ont élevé une statue à Wesel, sa ville natale. Les Français, eux, ont assuré qu'ils avaient trouvé sa trace à Valenciennes.

Jusqu'il y a une douzaine d'années, beaucoup, en Belgique, étaient persuadés que Minuit était natif du village d'Ohain, en Brabant wallon, où un quartier créé en 1979 a même été baptisé Manhattan ! Cette confusion a été entretenue par l'académicien Robert Goffin. Réfugié aux Etats-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale, il tentait de sensibiliser les Américains au sort de son pays en évoquant le souvenir des premiers habitants de New York, des Wallons. En réalité, les racines familiales de Minuit sont tournaisiennes, comme le révèlent les archives locales.

Surtout, la paternité de la fondation de New York a été attribuée, à tort, au gouverneur hollandais Peter Stuyvesant, arrivé à Nieuw Amsterdam plus de vingt ans après Minuit. Or, l'homme qui a donné son nom à une marque de cigarettes ne peut être considéré comme le premier responsable du développement de Manhattan. Son principal "fait d'armes" aura été, en 1664, la cession aux Anglais de l'île dont il avait la garde. Reste que, ces dernières années, les Pays-Bas n'ont cessé d'affirmer aux New-Yorkais qu'ils leur devaient tout et que les Wallons n'étaient qu' "un détail de l'histoire néerlandaise de New York" (pour citer le magazine Trouw).

La biographie qu'Yves Vander Cruysen consacre à Pierre Minuit, à paraître ces jours-ci (Pierre Minuit, l'homme qui acheta Manhattan, éditions Jourdan), vise à remettre les pendules à l'heure. Confronté à la disparition de la plupart des archives - celles de la ville de New York ont été brûlées dans l'incendie de la State Library, en mars 1911 -, l'auteur a effectué des recherches aux Etats-Unis, à Tournai, Bruxelles, Wesel et Göteborg. Son objectif : redonner à la Belgique un petit bout de son histoire.